L’Animisme est –il une religion ?


 

Avant de répondre à cette question, passons en revue ce qui est dit de l’Animisme et de la religion. Pour certains, les Africains n’ont pas de religion, par conséquent, l’Animisme ne saurait être une religion. C’est plutôt une pensée ‘‘primitive’’ qui doit être dépassée.

Pour d’autres, l’Animisme est une religion. Ils soutiennent cette idée par analogie avec d’autres religions comme le Christianisme, l’Islam. Ainsi, diront-ils, dans l’Animisme, il y a une croyance en un Dieu unique et pour preuve,  on aime citer l’exemple du mooré, une langue dans laquelle il n’y  a pas de pluriel du mot ‘‘Dieu’’.

Que faut-il penser de ces deux positions ?

 

Une étude approfondie de l’Animisme renvoie dos à dos ces deux façons de l’appréhender. Il n’est ni une religion, ni une pensée ‘‘primitive’’.

L’Animisme est une pensée caractérisée par :

 -tout ce qui existe, de la plus petite graine en passant par l’homme, jusqu’aux astres s’interagit sous la tutelle de forces occultes.

-l’existence d’un monde visible et d’un autre invisible, tous régis par les mêmes lois selon la célèbre phrase du Dieu de la lune, Djeouty : « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

 

L’animiste est celui là qui cherchera à connaître les interactions entre les éléments de la nature qu’ils soient visibles à l’œil nu ou pas, à les maîtriser pour s’attirer les faveurs des forces occultes afin de mener une vie conforme à l’harmonie qui maintient l’univers. C’est pourquoi pour l’Animiste, tuer un animal, cueillir des feuilles, couper des arbres, se fait dans une sacralité déconcertante pour les ‘‘modernes’’ que nous sommes.

A la lumière de ce qui vient d’être dit, on peut constater que l’Animisme s’ouvre vers l’invisible, avec une certaine religiosité mais il est plus que ça. C’est tout une manière de se comporter envers les forces occultes (Dieu et ses anges, si vous le voulez), la nature qui nous est précieuse. C’est une pensée globale et globalisante.

En somme, on peut dire que l’Animisme est un verre d’eau dans lequel la religion comme un sucre s’y dissout.

La science occulte égyptienne

La science occulte égyptienne pdf la science occulte de l’Egyptienne ancienne

Un exemple de création d’un Egrégore selon un rituel égyptien

Les ushabtis sont des statuettes rituelles, créées par les Hiérophantes égyptiens antiques pour exécuter des missions dans l’invisible. Ils sont des esprits servants et ont été largement répandus à cette époque.Un ushabti est un esprit servant capable d’exécuter une tache spécifique, une, et une seule par ushabti. S’ils ne possèdent pas un pouvoir illimité,

les ushabtis sont des ouvriers impeccables qui mèneront leur travail jusqu’au bout et y resteront aussi longtemps que vous le désirerez. Avant de procéder au rituel de résurrection, il faudra choisir un but à atteindre, et vous y tenir jusqu’à ce que votre ushabti l’ait pleinement réalisé.

 

Rituel

 

- Sur l’autel face au nord, placez face à vous, une bougie en cire d’abeille (ou à défaut une bougie blanche), une coupe d’eau à votre gauche, une coupe de sel devant la bougie, le brûle-parfum à votre droite avec de l’encens de santal rouge. L’ushabti sera placé à plat

(tête au nord), au centre de l’autel.

 

- Allumez la bougie et l’encens, concentrez-vous quelques instants sur la statuette. Pensez à ce qu’elle représente, que c’est un extraordinaire outil magique vieux de plusieurs millénaires et que vous allez ramener à la vie par ce rituel.

 

- Prenez l’ushabti dans la paume de votre main droite et de la gauche,jetez dessus une pincée de sel, puis un peu d’eau et dites ce qui suit :

A SABTI APEN AR APT, AR HESEB, ER ARIT KAT NEBT. ART EM NETER

XERT SEHTU EN SET’EBET AM EM SE ER. XERT-F ER SERUT ENT SEXET ER

SEMHET UTEB, ER XENNI EM SAI EN ABTET ER AMENTET. ARI – A MAKUA KA

AM.

 

-Passez l’ushabti dans la fumée de santal rouge, puis posez-le devant vous et dites, mains audessus de la statuette : Ushabti, je t’appelle des profondeurs du temps, par Isis,Osiris et Anubis. Réveilles-toi et reviens à la vie. De la Terre de Kert – Neter tu es sommé de me servir au nom des dieux.A nouveau tu trouveras la joie à mon service. Isis, la Grande Mère, Osiris votre Seigneur. Tu es plein des forces et des énergies des âges antiques et tu vas maintenant te réveiller à la vie, car tu vis encore, et je t’appelle par ce rituel. Avant le présent des dieux, tu es, à partir de maintenant mon domestique, fidèle et fort. A – Ausar, A – Auset, A – Anpu !

 

-  Prenez l’ushabti en main droite et élevez-le au-dessus de votre tête en disant :Je suis ici seul, mais en présence des dieux et je te nomme (dites son nom) pour mon service.

 

-  Faites face à l’est, élevez l’ushabti et dites : Dame Aset, Exquise Une, je présente cet ushabti nommé (untel) que je rappelle à la vie pour me servir. Je demande vos bénédictions sur lui comme sur moi pour m’aider à (dites à quel usage vous destinez votre ushabti).

 

- Faites face à l’ouest, élevez l’ushabti et dites : Nebet Het, Belle Dame de Mystère, je présente cet ushabti nommé (untel) que je rappelle à la vie pour me servir. Je demande vos bénédictions sur lui comme sur moi pour m’aider à (dites à quel usage vous destinez votre ushabti).

 -Faites face au nord, élevez l’ushabti et dites : Mon Dieu Asar, dieu de Vie et de Mort, je présente cet ushabti nommé (untel) que je rappelle à la vie pour me servir. Je demande vos bénédictions sur lui comme sur moi pour m’aider à (dites à quel usage vous destinez votre ushabti).

 

-  Faites face au sud, élevez l’ushabti et dites : Puissant Heru, dieu du Soleil, je présente cet ushabti nommé (untel) que je rappelle à la vie pour me servir. Je demande vos bénédictions sur lui comme sur moi pour m’aider à (dites à quel usage vous destinez votre ushabti).

 

-  Passez l’ushabti dans les fumées d’encens en disant : Par les pouvoirs de l’air, faites que je partage mon haleine avec cet ushabti nommé (untel) afin qu’il me serve et m’aide à réaliser (dites à quel usage vous destinez votre ushabti).

 

-Passez l’ushabti dans la flamme de la bougie et dites : Par les pouvoirs du Feu, faites que je partage la chaleur de mon corps, avec cet ushabti nommé (untel) afin qu’il me serve et m’aide à réaliser (dites à quel usage vous destinez votre

ushabti).

 

- Aspergez l’ushabti d’un peu d’eau et dites : Par les pouvoirs de l’eau, faites que je partage mon sang avec cet ushabti nommé (untel) afin qu’il me serve et m’aide à réaliser (dites à quel usage vous destinez votre ushabti).

 

-  Jetez une pincée de sel sur l’ushabti et dites : Par les pouvoirs de la Terre, faites que je partage la force de mon corps avec cet ushabti nommé (untel) afin qu’il me serve et m’aide à réaliser (dites à quel usage vous destinez votre

ushabti).

 

-  Soulevez la statuette en disant : Voici, (dites son nom) que commence maintenant le travail

qui est ta raison d’être. Lorsque tout sera accompli, tous tes pouvoirs me reviendront à moi.

 

- Ecrivez de façon simple ce que vous souhaitez sur un morceau de  papier. Roulez ce papier et suspendez-le au cou de la statuette.

 

-  Laissez la bougie se consumer totalement.

 

-  Maintenant, et chaque jour, vous devrez méditer 5 à 10 minutes sur la fonction de votre ushabti en le tenant en main droite et à la lueur d’une bougie de cire que vous éteindrez ensuite.

 

-  Au bout d’un mois de ces méditations quotidiennes, vous pourrez l’envoyer à sa tâche en disant trois fois la formule

A SABTI APEN AR APT, AR HESEB, ER ARIT KAT NEBT. ART EM NETER

XERT SEHTU EN SET’EBET AM EM SE ER. XERT-F ER SERUT ENT SEXET ER

SEMHET UTEB, ER XENNI EM SAI EN ABTET ER AMENTET. ARI – A MAKUA KA

AM. Puis de simplement ajouter : « Va (son nom) et accompli

(dites ce pour quoi il est fait)

 

Si vous souhaitez « décharger » un Ushabti, il suffit de le laisser 24 heures dans de l’eau salée ou l’enterrer pendant trois jours en pleine terre et à une trentaine de centimètres de profondeur.

les entités invisibles selon un initié

Les différentes entités du monde négro-africain auxquelles il peut adresser des prières selon l’initié Doumbi Fakoly dans son livre Introduction à la prière négo-africaine.

Dieu

 

Le Négro-africain ne demande aucun service à Dieu. Il sait que le Grand Architecte qui est au dessus des préoccupations humaines, ne peut prendre partie pour les uns et les autres contre les uns et les autres.

 

Il sait que Dieu-Force Vitale n’a aucune raison d’exaucer tel vœu et de se fermer à telle autre demande, ni de sévir contre un comportement déviant.

 

Aussi, à la différence du Juif, du Chrétien et du Musulman qui voient la manifestation de la volonté de Dieu dans une catastrophe naturelle, comme le Tsumani qui s’est abattu sur l’Asie, ou encore à travers l’arrogance meurtrière des Etats-Unis d’Amérique, le Négro-africain authentique innocente d’emblée la Mère-Père Primordiale dont il sait qu’elle est si parfaite qu’elle ne peut commettre ni cautionner tant d’injustices.

 

Pour le Négro-africain, seul donc l’être humain, par un mauvais traitement et l’irrespect de la nature, par sa mégalomanie s’expose et expose ses semblables à de terribles souffrances.

 

Car, détenant tous les pouvoirs ou presque de Dieu, il est apte à conjuguer le monde aux temps et aux modes de son choix.

 

Voilà pourquoi, certains initiés Négro-africains, par provocation feinte, peuvent proclamer, en toute tranquillité et haut et fort, qu’ils réaliseront tel exploit magique, que cela plaise à Dieu ou non.

 

Le Négro-africain sait surtout que la Mère-Père Primordiale anime plusieurs parcelles d’elle-même, proches des humains et habilitées à les assister dans la gestion de leur vie courante.

 

Lorsqu’une prière est adressée désespérément à Dieu, par une personne ignorante de cette réalité, c’est justement l’une de ces parcelles divines, sensible à son infortune qui intervient quelques fois pour la satisfaire.

 

Ce n’est jamais Dieu lui-même.

 

La prière que le Négro-africain adresse à Dieu est donc tout simplement destinée à lui rendre hommage pour avoir rendu la nature belle et généreuse.

 

Les Ancêtres

 

A la différence de la Mère-Père Primordiale, indifférente des préoccupations de l’humanité, les Ancêtres restent toujours à l’écoute de la communauté des vivants.

 

Leur vigilance de tous les instants s’applique à la totalité des pensées, dires, attitudes et comportements de ceux et celles qu’ils ont laissés, temporairement, derrière eux.

 

Car ils reviendront par le biais de la réincarnation.

Et ils entendent retrouver la société telle qu’ils l’ont pratiquée et telle qu’ils l’ont enseignée et confiée aux vivants.

 

Voilà pourquoi, leur action gratifiante ou punitive s’applique ici et maintenant.

 

Ils ont le pouvoir et le droit de juger et d’appliquer la sentence ou la récompense qui s’impose.

 

Pour cette raison, le Négro-africain leur adressera avant tout et préférablement sa prière.

 

D’autant plus que rien ni personne, ni aucune entité de l’invisible ne peut aller à l’encontre d’une décision unanimement prise par les Ancêtres.

 

Eux seuls ont donc le pouvoir de revoir leur propre décision si le comportement ultérieur de la bénéficiaire ou de la victime le justifie.

 

Aussi, lorsque, par exemple, un Ancêtre apparaît en songe, en réponse à une prière, le message qu’il  transmet est-il toujours d’une importance capitale.

 

Parce qu’il est donné avec l’aval de toute la communauté des désincarnés de sa lignée qui vibrent dans les plans subtils supérieurs à celui de cet Ancêtre, son destinataire n’ a pas intérêt à le négliger.

 

Surtout que le rappel à l’ordre peut être douloureux.

 

Les Génies Tutélaires

 

Comme leur nom l’indique, ces entités spirituelles, alliées de l’invisible de la famille, du clan, du village ou du pays assurent surtout, mais pas seulement, une fonction de protection.

 

Leur rôle ne se limite donc pas à prévenir d’un danger ou à l’écarter eux-mêmes, ni à neutraliser ou à éliminer les ennemis à l’insu de leurs protégés, etc.

 

Ils font aussi se réaliser les vœux divers de leurs alliés humains.

 

Aussi, le Négro-africain n’hésite t-il pas à leur tour adresser ses prières.

 

Les circonstances de l’alliance, généralement avec le ou les Aïeux des Ancêtres, sont relatées dans les mythes fondateurs et, par conséquent, remontent très loin dans le temps.

 

Les Egrégores

 

A la différence des Génies Tutélaires qui sont des parcelles directement émanées de Dieu, les Egrégores sont des entités fluidiques créées par les être humains.

 

Ils sont l’œuvre de groupes de Grands Initiés dont la puissance de concentration fixée, de façon répétitive et durablement, sur leur création finit par les produire.

 

Le rôle qu’ils tiennent est d’apporter à la famille, au clan, au village et au pays leur aide toujours appréciable dans la protection des individus et des groupes et dans la réalisation de leurs vœux les plus divers.

Pour cette raison, ils sont également destinataire de la prière du Négro-africain.

 

(note du blog : un exemple de la création d’un  Egrégore dans l’article Ouachabi)

 

POURQUOI JE CROIS A LA MAGIE

Pierre Fontaine est auteur d’un livre intitulé : La magie chez les noirs. Ce livre écrit pendant la période coloniale est un condensé des faits vécus et vérifiés par le colon qui l’ont amené à croire à la magie. Dans cet extrait, il dit pourquoi il s’est mis à croire à la magie à partir de deux exemples concrets.

 

B o u s s e l e m  e t  S i d i  D j e l l i l

 

 

En 1924,  je me trouvais au Maroc oriental, à oudjda, petite ville reliée à  la partie occidentale du pays par un tortillard à voie étroite. J’avais à mon service un Arabe, excellent garçon, sympathique et serviable, Bousselem ben Larbi, âgé d’environ quarante ans. Brusquement, un matin d’été, le bras gauche de Bousselem refusa tout service. Ce fut ensuite le tour de son bras droit. Puis il éprouva de la peine à tourner la tête. Ses jambes devinrent lourdes et malhabiles.

Bousselem était militaire : on l’hospitalisa. Un mois se passa ; l’ankylose gagna presque tout le corps. Les médecins militaires donnaient des avis différents, et leurs traitements demeuraient inefficaces. Je payai la consultation d’un médecin civil, qui n’aboutit pas à un meilleur résultat.

L’administration militaire parla de réformer Bousselem. Ce dernier était désolé, car après douze années de service, il n’avait que trois ans à attendre pour bénéficier d’une pension.

Bousselem était alité depuis quatre mois,  lorsque son père, commerçant pouilleux mais non dépourvu de pécune, vint le voir et hocha longuement la tête en le regardant. « Seul, Sidi

Djellil te guérira, » dit-il.

Non sans mal, Bousselem ben Larbi obtint un bon de sortie ; et deux de ses coreligionnaires le hissèrent dans une araba. Le commerçant monta à côté de lui, prit les rênes du cheval étique et la voiture s’engagea sur la route de l’ouest sous mon regard attendri et sceptique.

Une quinzaine de jours plus tard, quelqu’un pénétra dans ma cagna sans frapper. Hilare, poussant de grands cris de  joie et gesticulant de  tous  ses membres, Bousselem ben Larbi  se

présentait à moi, heureux de vivre et de s’extérioriser.

Je n’en croyais pas mes yeux en contemplant ce garçon, certes amaigri, mais alerte.

« C’est Sidi Djellil ! » s’exclama-t-il.

Et il me montra un petit fil de métal — ressemblant à du cuivre — qui lui entourait le bord  de l’oreille gauche sur un demi-centimètre environ. Sidi Djellil avait percé le bord du repli de

l’oreille — à mi-distance du sommet et du lobe — pour passer son fil de métal.

Je ne pus obtenir aucune autre explication. Le « marabout » Sidi Djellil avait commandé de réciter des versets du coran. Le père de Bousselem avait versé vingt douros et le guérisseur

avait serti son fil en marmonnant des mots incompréhensibles.

Les médecins examinèrent minutieusement Bousselem ben Larbi ; ils ne crurent pas à la

miraculeuse intervention de Sidi Djellil et renvoyèrent notre homme dans sa compagnie.

« Surtout, je ne dois pas enlever ça, me dit Bousselem en touchant le fil de son oreille. La

maladie me reprendrait. »

Je le quittai huit mois plus tard. Il était toujours en excellente santé…

Dès cette époque, je commençai à m’intéresser à la magie.

 

 

La « c e i n t u r e d’a m o u r » d e K i s s b i

 

Plus tard, dans le Bas-Soudan, j’eus l’occasion de rendre visite à un ami d’enfance, technicien chargé d’une importante fonction officielle. En l’absence de son épouse légitime restée dans la métropole avec ses enfants, A. h… avait acheté une femme d’une couleur de peau peu banale : imaginez une créature splendide, svelte, au masque un peu plat mais aux  lèvres gourmandes, dont  la peau était d’un rouge cuivré très  foncé se rapprochant du noir-bleu. A. h… m’assura qu’il s’agissait d’une Sonraï métissée.

Kissbi, cette jeune mousso — d’environ vingt ans — en était à son troisième époux. Entendez par là que, deux fois déjà, elle avait remboursé sa dot à ses maris pour se libérer. C’était, du moins, ce qu’elle prétendait ; mais, par la suite, nous apprîmes que Kissbi avait été revendue

spontanément par deux de ses époux impatients de se séparer d’elle, car elle était, disaient-ils,

possédée par le démon de l’amour.

Lorsque  je vis A. h…, Kissbi partageait sa solitude depuis deux mois. Elle ne manquait

pas de charme ; si elle avait consenti à ne pas édifier sa chevelure avec de la cendre de bois pilée mêlée au beurre de karité — qui rancit vite sous les tropiques et dégage une odeur nauséabonde — elle eût été une poupée fort agréable, aux yeux luisants, aux seins hauts et pommés.

Mon ami, par contre, était pâle et nerveux ; je le sentais obsédé par une idée qu’il refusait de me confer. Pour se donner de l’assurance, il buvait trop de boissons alcoolisées et forçait sa

dose de quinine ; mais sa fébrilité ne le quittait pas. Je mis cet état morbide sur le compte du

climat…

Un jour, pendant la sieste quotidienne, un bruit de dispute me réveilla brusquement. J’entendis non seulement des injures grossières proférées par A. h…, mais aussi des coups sourds mêlés aux ricanements de Kissbi. J’accourus pour voir la splendide nudité de la Sonraï se prêter aux coups et même les provoquer.

A. h… s’arrêta à ma vue et me suivit dans ma chambre. Il s’assit sur le bord de mon lit et me dit simplement : « Mon vieux Pierre, je suis fichu ! Fichu à cause de cette négresse lubrique !… ». Cette  femme, me  confa-t-il  alors,  l’épuisait physiquement  au delà de  toute  expression. Mais il ne pouvait se passer d’elle.

Lorsqu’il l’avait achetée à un marchand noir, il avait remarqué que la peau de son ventre s’ornait de tatouages en relief considérés plutôt comme des aphrodisiaques légers que comme une parure indigène. Mais il n’avait pas attaché grande importance à ce détail.

Pourtant, il s’expliquait mal pourquoi, ayant, par la suite, mis trois fois cette fille à la porte,

il avait chaque fois demandé à son boy d’aller la rechercher. Elle, cyniquement amoureuse, lui

disait simplement, au retour : « Tu vois bien : tu as besoin de moi ! »

Et les folies recommençaient, jusqu’au jour où ce garçon intelligent, voyant vers quel abîme

elle l’entraînait, tentait de l’éloigner par des coups… Je venais d’assister à l’une de ces scènes.

A. h… était atteint à la fois dans sa chair et dans son esprit, mais heureusement pas dans son cœur. Le démon de la sensualité le dévorait d’une façon continuelle et progressive. Le cas était presque banal.

Il me  revint  alors  en mémoire  certains  sortilèges  employés par  les  femmes noires pour

conserver l’amour des Blancs, dont elles se montrent si fières, et qu’elles étalent avec ostentation devant leurs compagnes moins favorisées, traitées par leurs maris de couleur comme des bêtes de somme.

Quelques jours plus tard, je me rendis dans une contrée voisine pour voir des orpailleurs à  l’œuvre. Au retour,  je m’arrêtai dans un village où  l’on me fit bon accueil et m’entretins  longuement avec le féticheur. Je ne sais quelle association d’idées me fit parler de Kissbi et de sa frénésie… Mon interlocuteur sourit avec complaisance et m’expliqua que la Sonraï devait être en possession de la ceinture d’amour, « celle qui lie les sens et non le cœur », précisa-t-il. De la conversation qui suivit, je conclus que Kissbi utilisait un procédé magique pour s’attacher mon ami : il suffisait que dans sa chambre à coucher je trouve une ceinture, faite en bois spécial ayant macéré de longues années dans une décoction de plantes rares, pour avoir la clé de l’énigme. Sur l’essence de bois et sur les plantes rares je ne pus obtenir aucun renseignement ; le féticheur m’assura simplement que cette « ceinture d’amour » ne pouvait être préparée que par un de ses confrères ou par des femmes-sorcières particulièrement expertes dans l’art de composer les philtres magiques. Si je pouvais découvrir cette fameuse ceinture, je devais la brûler immédiatement pour rompre le charme. Il paraît que Kissbi l’avait certainement portée un an à même la peau : ainsi le sort n’était profitable qu’à elle. Par ailleurs, la ceinture devait rester à la portée de mon ami, pour qu’il fût imprégné des pernicieux efuves…

Je n’eus aucune peine à trouver l’objet indiqué, qui n’était pas caché, mais simplement rangé

dans le tiroir d’une table de chevet en bambou.

Cette ceinture était curieusement faite. De petites plaquettes de bois,  larges comme des boites d’allumettes suédoises de poche, étaient reliées les unes aux autres par un fil de chanvre

extrêmement résistant. Une « sculpture », primaire dans son exécution et primitive dans son

inspiration, marquait chaque plaquette. La ceinture mesurait environ soixante-cinq à soixante-

dix centimètres. Une odeur indéfinissable se dégageait de ce bois noir légèrement veiné de brun, une odeur qui montait à  la  tête.  J’avoue qu’en cet  instant  la pensée me  traversa de  subtiliser l’objet pour  le  joindre à ma collection de  fétiches. Mais  je redoutai d’être victime des effluves  maléfiques et pria le parti de le détruire. Je fis allumer le petit brasero qui servait à la cuisson des aliments et jetai la ceinture dans les flammes. Je ne dis rien et j’attendis.

Mon  ami A. h… manifesta des  signes de détente nerveuse quarante-huit heures  après cette disparition et Kissbi parut légèrement inquiète. Les scènes violentes ne se répétèrent plus.

Un jour, A. h… me confia que la présence de sa mousso lui pesait et qu’il songeait à la rupture

 

Je crus le moment opportun de lui révéler l’histoire de la ceinture magique.

« Maintenant, je comprends mieux ! » dit simplement mon ami.

Le soir même, Kissbi, de fort méchante humeur — ce qui prouvait que sa vanité et son

amour-propre étaient seulement atteints — quittait la demeure de A. h… munie d’un solide viatique.

Lorsque j’abandonnai le Soudan, quelques semaines plus tard, mon ami était redevenu un

homme normal.

Depuis ce jour-là, je crois à la magie africaine.

Ces deux anecdotes vécues concernent, l’une un cas musulman, la seconde étant plus directement en rapport avec le monde noir.

Dans les deux cas, il y a intervention de fétiches ou grigris. Une instinctive défiance nous

empêche de considérer le fétiche comme élément unique de magie. C’est, en réalité, un condensateur de forces psychiques et, avouons-le, très mystérieux ;  il n’a d’efficacité que pour autant à  son « aurisation ». Ce qui montre bien qu’aucun grigri  sérieux ne peut être  réalisé « en série ».

Mais le contact des Blancs, l’esprit « commercial » de ceux-ci a pénétré les peuplades noires

; on trouve maintenant des grigris de toutes sortes et pas seulement à l’usage des indigènes.

Cela rejoint le commerce des mains de Fatima pour l’Arabie. Il y en a de vrais (nous voulons

dire porteurs de sort), mais généralement ce ne sont heureusement que des « souvenirs ».

 

 

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